Depuis la non-reconnaissance
du vote démocratique du peuple birman
en mai 1990, le pays est dans une impasse
totale.
Pourquoi voter à nouveau,
si le résultat du vote peut à
nouveau être nié par la junte
militaire, si cela sert de nouveau à
arrêter les responsables de l’opposition,
ou si les nouvelles élections sont
truquées ?La peur, justifiée,
s’est glissée dans tous les
esprits. La plupart des dirigeants de l’opposition
sont en exil ou en prison.Une femme héroïque,
Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix,
a prouvé qu’elle pouvait être
plus forte que cette peur qui immobilise
le pays depuis 1990. Son exemple nourrit
d’espoir un peuple plongé dans
le mutisme par un pouvoir haï de tous,
corrompu, lâche, inique et illégitime.En
allant en Birmanie près de quinze
ans après les massacres de 1988,
je viens pour y trouver des traces de résistance.En
scrutant le regard des gens dans ces rues,
qui, en 1988, contenaient l’insurrection
d’un peuple déterminé
à se libérer du joug des militaires,
vais-je trouver une lueur d’espoir
?Aung San Suu Kyi a écrit :«
Nous pouvons êtreFroids comme l’émeraude,Comme
l’eau au creux des mains,Mais nous
pourrions êtreComme des éclats
de verreAu creux des mains. »L’espoir
réside dans cet éclat de verre
que chacun de nous peut représenter,
capable de meurtrir à son niveau
cette main de l’oppression, et faire
lâcher prise l’étau du
pouvoir.
Derrière l’Histoire
des luttes pour la démocratie birmane,
se pose une question plus universelle :
quelles sont nos armes face à un
pouvoir totalitaire ?C’est en ce sens
que l’enseignement de Suu Kyi m’intéresse
; j’ai ressenti, par le courage de
certaines personnes rencontrées,
les forces inimaginables qu’une résistance
de cette nature était susceptible
de libérer.Le corps de Suu Kyi appartient
aux militaires, qu’ils peuvent séquestrer,
priver de nourriture, d’habits ou
de médicaments. L’enseignement
de la Prix Nobel de la Paix et fille du
héros de l’indépendance
leur échappe, porté dans les
mémoires de tout unpeuple, et dont
la libération est exigée dans
le monde entier.Une rencontre, celle d’une
femme déjà âgée,
- quelques années de plus que Aung
San Suu Kyi - , m’a marqué.
Cette anonyme a eu le courage de me parler
de la situation politique de son pays.
Il faut imaginer le quadrillage
par les différentes polices secrètes
du pays, les rapports en neuf exemplaires
dans chacune des villes traversées,
pour réaliser à quel point
cet acte n’est pas anodin.Elle m’a
parlé de ses petits-enfants, qui
croient pour l’instant aux mensonges
du régime. Ils sont nés bien
après les mouvements de 1988. Le
moment viendra de leur révéler
la vérité ; pour l’instant
ils sont encore jeunes pour garder le secret
en classe.Ce film leur est dédié,
afin que la mémoire de luttes héroïques
du peuple birman ne s’efface pas,
malgré l’exil forcé
de la majeure partie des dirigeants du parti
d’Aung San Suu Kyi.François
Rosolato.
|